Est-ce que c’est vrai ? La question qui change tout ce que vous croyez savoir
Ce que vous prenez pour la réalité n'est peut-être qu'une histoire.
Pendant la majeure partie de ma vie d’adulte, j’ai cru que j’allais être abandonné. Je ne le ressentais pas comme une peur, mais comme un fait. Le genre de fait qu’on n’examine pas, qui organise tout autour de lui, sans même demander la permission. Un script invisible.
Il m’a fallu longtemps pour le débusquer et comprendre que je ne m’étais jamais demandé une seule fois : Est-ce que c’est vrai ?
Nous vivons dans une histoire, tous autant que nous sommes. Souvent, nous ne la remettons pas en question.
Je n’emploie pas une métaphore, j’y vois des récits bien réels, avec un cadre, une logique, des personnages. Et bien souvent, une fin prédéterminée. Ces histoires s’installent très tôt, dès la petite enfance, et se construisent en silence à travers nos expériences, jusqu’à ce qu’elles prennent les rênes de nos vies.
Voilà ce qu’elles nous disent :
« Je ne suis pas le genre de personne qui… »
« Les gens comme moi ne… »
« Ça finit toujours de la même façon parce que… »
Elles prennent tout leur sens dans nos expériences intimes. De loin, elles ressemblent à des observations, comme si vous aviez examiné les preuves et en aviez tiré la seule conclusion raisonnable.
Mais à y regarder de plus près, on découvre bien vite qu’elles ne sont que des croyances ; des histoires qui ne s’annoncent pas, mais se présentent comme la réalité.
Et c’est précisément pour cela qu’on ne les examine jamais.
Je me souviens d’une scène dans La Roue du Temps — saison 2, épisode 5 — dans laquelle un personnage transmet un conseil de sa sœur aînée :
« Si quelque chose vous trouble ou vous fait peur… posez-vous une question simple. Est-ce vrai ? Puis-je en être absolument certain ? »
Quelques mots. Deux questions qui n’en sont vraiment qu’une. Une question qui semble simple, jusqu’à ce qu’on l’applique aux histoires que l’on vit nous-mêmes, parfois depuis toujours.
Mais pourquoi ? Parce que le cerveau ne fait pas de différence entre « ce que je crois » et « ce qui est réel ». Il ne veut pas nous tromper, au contraire, il cherche à nous protéger.
Le cerveau d’un enfant ayant vécu une épreuve construit un cadre, un récit, pour lui donner un sens. Et ce récit fonctionne. Il le protège, ou du moins, le fait pendant un temps. Là où ça devient difficile, c’est quand on réalise que le récit n’a pas de date de péremption. Alors il continue de tourner, d’accumuler des preuves, d’organiser des expériences autour de ses propres conclusions.
Arrive l’âge adulte, et ce n’est plus une histoire. Vous ne la voyez même plus. Désormais, c’est le décor. Le vôtre. C’est votre vie.
Alors pourquoi ne se demande-t-on jamais « est-ce que c’est vrai » ?
Par manque de curiosité ? Je ne crois pas. Je crois plutôt que notre histoire est devenue une identité. La remettre en question signifie prendre le risque de perdre la structure invisible de ce que nous croyons être.
Si j’ai passé tant d’années à prendre des décisions, sans même m’en rendre compte, en me basant sur la conviction que j’allais être abandonné, alors que se passe-t-il si l’histoire n’est pas vraie ? Et ces partenaires choisis précisément pour confirmer mes choix ? Et ces interprétations des événements — qui au demeurant, n’étaient pas des preuves ? Qu’en est-il de cette vie construite en relation autour de la certitude et de la distance ?
L’esprit, le mien comme le vôtre, fera presque tout pour éviter cette question. Il argumentera. Il trouvera d’autres preuves, aussi ténues soient-elles. Et il vous répétera que cette fois, c’est différent ; que cette fois, l’histoire se confirme, que vous avez raison d’y croire.
Est-ce que c’est vrai ? Est-ce qu’il y a une infime chance pour que ce ne soit pas le cas ?
Vous l’aurez compris, la plupart du temps, la réponse la plus honnête est non. Pourtant, nous parions des années, nous parions notre avenir — des décisions, des relations, des directions de vie — sur des histoires que nous n’avions jamais examinées.
Que fait vraiment cette question ?
Elle ne reformule rien. Elle ne remplace pas une croyance négative par une affirmation positive. Elle n’exige pas que vous ressentiez les choses différemment. Mais elle fait une chose, une seule, qui a le pouvoir de tout changer : elle vous demande de regarder votre histoire comme une histoire, et rien de plus ; d’en examiner la structure, les preuves, les conditions dans laquelle elle a été écrite.
Quand j’ai enfin fait face à cette conviction inconsciente que j’allais être abandonné, j’ai immédiatement compris pourquoi. Je me suis souvenu d’où elle venait : elle avait été écrite par un enfant qui avait fait de son mieux avec ce qu’il avait. Compte tenu de son expérience, de son vécu, elle faisait sens. Elle était une réponse logique à une situation réelle, un ressenti qui l’avait traumatisé. Mais cette réaction n’était qu’une interprétation pour protéger sa trop jeune psyché. La situation remontait à des décennies. L’histoire avait continué de tourner toute seule, recrutant des preuves, façonnant des choix, produisant des résultats… qui confirmaient ce qu’elle avait décidé être vrai.
L’histoire n’est ni bonne ni mauvaise. La vraie question est si elle tient toujours debout quand on la regarde vraiment. Y a-t-il des preuves qu’elle est vraie ? Ou bien des preuves que vous vivez comme si elle l’était ?
Voilà une question différente qui change tout.
C’est exactement ce que ça fait, un bon tirage de tarot.
Pas pour prédire. Pas pour rassurer. Pas pour céder sa place à un destin tout tracé.
Un bon tirage pose l’histoire sur la table. L’histoire, sous vos yeux, est celle que vous vivez, celle que vous prenez pour la réalité. Les cartes vous demandent de la regarder de l’extérieur. Elles dessinent la structure narrative : voici le cadre, voici la tension et ce qui résiste, voici le choix que vous n’avez pas encore fait, parce que sans le savoir, vous croyez que le résultat est déjà joué.
Un bon tirage ne discute pas, n’argumente pas, ne promet rien. Il vous montre l’histoire. Ça semble pas grand chose, mais c’est la clé de tout. En un instant, vous la voyez, là, exposée, visible, séparée de vous. Et dans cet espace, tout petit, vous pouvez demander:
« Est-ce vrai ? Puis-je en être absolument certain ? »
La plupart du temps, vous le savez désormais, la réponse est non.
Et c’est là que les choses commencent à bouger.
Comme je l’ai déjà écrit, je finis toujours par ranger le jeu dans sa boîte. L’histoire, elle, a été posée. Pas résolue, juste visible.
C’est souvent là qu’une nouvelle histoire peut commencer.
—Nelian
Si vous avez reconnu une histoire en lisant ces lignes — une histoire dans laquelle vous vivez sans jamais l’avoir regardée en face — c’est exactement à cela que sert une séance de tarot. Pas pour vous dire ce qui va arriver. Pour poser l’histoire sur la table et demander : est-ce que c’est vraiment vrai ?


